La Peine de la Gauche

Get Rich or Die Tryin’

Depuis quelques mois, une ex me fait indirectement des reproches sur Instagram et sur Twitter. Ses publications témoignent d’une urgence mais restent vagues. Assez vite, dans le petit milieu de la musique et de la politique, plusieurs personnes devinent de qui elle parle. Elle multiplie les références à notre relation et camoufle à peine mon nom. Des ami·e·s en commun essayent de la contacter. Ils se retrouvent bloqués un par un. Le dialogue est coupé, semble impossible. J’ai envie de comprendre et peur de mal agir. En parler, ce serait empiéter sur sa parole, et inexplicable sans donner ma version. On préfère donc attendre, même si c’est loin d’être agréable. Quelques semaines plus tard, cette incertitude grandit. Le bruit court de plus en plus. Notre propre public commence à nous interroger. On se dit que si on y répond, ça va être perçu comme du damage control. Mais aussi que si on ne le fait pas, on va nous soupçonner d’avoir voulu le cacher. On a du mal à faire semblant, à streamer comme si de rien n’était. Ma santé se dégrade et celle de mon équipe aussi. Un soir, la pression s’accentue. Avant même notre live, notre chat est rempli de questions. On se dit qu’on n’a plus le choix, on doit en parler. Mais parler de quoi ? Nous-mêmes, on ne sait pas. On voulait que ce stream dure vingt minutes, il est beaucoup plus long, et n’ajoute que de la confusion à la situation. Je dis que je me retire. Comme si ça allait tout apaiser.

C’était le pire live de notre carrière. Comment on a pu se mettre dans un état pareil ? On est pas des peureux d’habitude, on ose dire ce qu’on pense devant des milliers de personnes chaque soir ou presque, alors comment on a pu en arriver là, comment on a pu se planter à ce point ?

Le premier élément de réponse est qu’on est de gauche. On en fait partie et on partage la plupart des angoisses qui la travaillent, y compris celle de la gestion des accusations de VSS dans les organisations politiques ou contre des créateurs de contenu sur internet. Bien qu’on soit critiques de certaines pratiques comme le cancel ou la pureté militante, on reste en questionnement face à chaque « cas » rendu public. On s’interroge sur le sens qu’il y a à prendre parti, tout en ayant conscience de la colère que l’impunité provoque. Cela explique qu’on n’ait pas toujours su comment réagir. Faut-il valider l’exclusion de la vie publique d’Adrien Quatennens au nom de l’exemplarité en politique ? Faut-il défendre Taha Bouhafs quand on ne sait pas de quoi il est accusé ? Comment se prononcer quand on ne connaît pas les tenants et les aboutissants de certaines histoires mais que le public attend un verdict et que le moindre doute nous rend suspect ?

Je dois avouer que quand on m’a accusé, même indirectement, même si c’était vague, j’ai été tiraillé et mon équipe aussi. Quand bien même entre nous on connaît nos vies, nos histoires, nos relations, somme toute banales, on a honte. On culpabilise car on sait qu’on a forcément fait du mal aux autres dans notre vie. De plus, on a conscience que dans notre milieu, sur les réseaux sociaux et à gauche, quand on voit le nombre de mecs jamais inculpés, on a la sensation qu’il faudrait se mettre de côté. Et pourtant, même en sachant cela, ne pas nous défendre semble injuste.

On ne peut pas réagir normalement du fait de notre statut, de notre public, de notre responsabilité. Mon ex non plus n’a pas accès à cette normalité puisque ses tweets font des milliers de vues et se retrouvent dans des vidéos de média d’extrême droite comme Frontières. Tout ça nous dépasse et paraît déconnecté de la réalité et du bon sens, c’est-à-dire d’histoires pouvant être gérées sans autant d’enjeux et de réactions.

Si on a paniqué ainsi, ça témoigne aussi bien de notre fragilité politique (car elle est symptomatique de la gauche en général et la Zawa n’en est qu’un exemple) que de notre fragilité économique. La seule option envisageable semblait être de me retirer pour protéger les autres. Mais protéger quoi ? Des salaires ou une lutte politique ? Quand on sait que l’essentiel de nos revenus collectifs sont liés à la chaîne Dany et Raz, et que c’est grâce à ça que l’on peut mener des projets ambitieux, on se retrouve à nouveau démunis.

Avec Raz, j’ai fondé Zawa Prod pour une bonne raison : celle d’être indépendants, celle d’être le plus libre possible pour être le plus radical possible. On l’a aussi façonné avec un bas instinct : celui de protéger notre parole, et que, quoi qu’il arrive, que l’attaque vienne de l’extrême droite ou de la gauche molle, on ait notre réseau, nos moyens, notre audience pour continuer de dire ce qu’on veut dire.

Pour nous accompagner, on a sélectionné avec une grande rigueur des personnalités comme Cassandre, Wissam, Ilies ou Mouffette. Avant tout, on partage avec elles l’essentiel de nos convictions, y compris à l’encontre d’une certaine doxa de gauche. Ensuite, ce sont nos amis, à qui nous confions nos vies, et qui connaissent les failles de nos personnalités. Notre loyauté et notre confiance mutuelle se sont fondées sur un constat : la difficulté que nous rencontrons à faire entendre nos voix, et la détermination que nous avons pour y parvenir.

Notre stratégie a toujours été de gratter ce qu’on peut du capitalisme et détenir une partie de nos moyens de production. Je ne vois pas comment on peut lutter efficacement, encore moins dans le climat médiatique actuel, sans posséder ses propres caméras, son propre local, sa propre bouche. Ce ne sont ni les pigistes précaires de France Inter ni Jean-Michel Apathie qui me démontreront le contraire.

Ce que j’avais peut-être sous-estimé, ce sont les risques que comporte notre élévation sociale dans l’appel à la facilité qu’est celui du gauchisme. Dites : « Le réalisme sociologique est qu’on vit dans une société » et vous ne cartonnez pas vraiment sur Instagram. Dites par contre : « Ce type est un sale mec », et vous avez des milliers de likes instantanément. Dans une économie aussi riche que précaire qu’est celle de Twitch, où il est possible de gagner une centaine d’euros par heure, vous devez liver le plus souvent possible, le plus longtemps possible. Ensuite, vous devez monter des capsules et les republier sur différentes plateformes pour maximiser votre diffusion. Le choix est donc vite fait. Pour la plupart des créateurs et créatrices en tout cas. Pour nous, il a toujours été un équilibre douloureux, car nous souhaitons autant percer l’algorithme que rester sensés malgré tout.

C’est le problème dans lequel nous sommes pris : d’un côté, il faut faire de plus en plus d’argent, pour payer les conditions de notre indépendance économique. De l’autre, pour y parvenir, nous devons composer avec un espace politique qui a l’habitude et le goût de se faire servir de la posture morale plutôt que de la réflexion. Et plus nous sommes connus, plus nous prenons de la place dans le rapport de force en ligne, plus nous avons d’adversaires qui sont prêts à nous dézinguer, plus nous avons de failles qui deviennent visibles. Il est facile d’attaquer nos supposées contradictions : notre équipe manque de femmes, on est des patrons, nous gagnons de l’argent… bref, la face la plus visible est celle d’un duo de deux mecs blancs. Ce qui n’a rien d’étonnant, mais qui, dans le contexte de désir d’un renversement immédiat, nous rend quelque peu inadéquats.

« Zawa » vient du manga et de l’animé Kaiji, qui raconte l’histoire d’un prolo un peu paumé qui doit de l’argent à des Yakuzas. Ces derniers lui font alors une proposition : participer à des jeux d’argent avec d’autres endettés, dans lesquels ils auront une chance sur deux de devenir riche ou de mourir. Comme dans Squid Game (la célèbre série Netflix elle-même inspirée de Kaiji), ces jeux sont de faux jeux où personne ne gagne, et où tout le monde meurt dans des épreuves horribles pour le plaisir sadique de quelques ultra-riches. Le mot « Zawa » apparaît alors souvent dans les bulles, à l’écran, et dans le sound design de la série, pour traduire l’inconfort que ressent Kaiji lorsqu’il voit sa vie être mise en danger. Zawa est une onomatopée difficilement traduisible qui veut dire malaise, sentiment d’angoisse en japonais. Comme Kaiji donc, je me suis retrouvé à devoir faire un pari maudit : celui de jouer aux jeux mortels du capitalisme, et d’espérer rembourser mes dettes avant que je ne chute. Je me le suis tatoué sur le cou, tel un mantra, et on en a fait une boîte de prod. Au lieu de garder l’argent pour se payer un appart, on a relancé la mise, on a préféré engager des personnes et payer du matériel qui profite aussi à d’autres, on a parié encore et encore, et comme lui, on s’est retrouvé au-dessus du vide, à marcher sur ces fragiles plateformes que sont celles des réseaux sociaux, entre gauchisme et capitalisme.

Masculinistes de gauche

Pour illustrer cette tension, prenons une critique qui nous est souvent faite : Zawa Prod serait un « boy’s club », une clique de masculinistes misogynes. Une tiktokeuse a récemment fait plus de 40 000 likes en nous dénonçant comme tels. Cette théorie ne date pas d’hier. Pour la valider, certains n’ont eu honte de rien : ils ont pu me décrire comme le streameur qui défend les violeurs, dépeindre Raz comme un second couteau harceleur qui réduit les femmes en politique à leur physique, présenter Wissam comme un islamiste homophobe en taqiya, etc. Dans un registre moins diffamatoire, on nous reproche de ne jamais parler des femmes, sauf lorsque l’on critique des influenceuses d’extrême droite comme Thaïs d’Escufon, en déversant notre haine sexiste sur elles. Par ailleurs, on n’en verrait jamais dans nos émissions, quand bien même on en a soutenu et invité, de Rima Hassan à Theodora, en passant par Rachel Kéké ou Alice Cappelle.

Comme l’a souvent fait remarquer Wissam, il vient moins naturellement au public de gauche de critiquer l’absence de prolos, de queers ou de noirs et d’arabes dans les autres équipes de gauche. Je me souviens comment notre série Les Mythes de la Masculinité avait été reçue en 2021, et pire encore, des polémiques engendrées par le simple fait que je me sois mis à la muscu… Ou comment la présence de Mouffette passe à la trappe, à croire que c’est parce qu’elle est une femme trans. Mais prenons Cassandre. Il en est le parfait exemple. Très peu de gens sur l’internet français évoquent autant les théories féministes que lui. Et pourtant, c’est comme si tout son contenu n’existait pas. Comme s’il n’était pas avec nous, que sa voix disparaissait, que ce qu’il faisait, il ne le faisait pas avec nous. Certes, il est « protégé » par une transphobie : celles qui nous attaquent l’attaquent moins parce qu’elles savent qu’il a été socialisé comme une femme, et que quelque part, il en restera toujours une, capable de comprendre leur réalité. Dans leur tête, c’est grâce à son expérience d’ex-femme qu’il n’a jamais eu, lui, de problèmes personnels avec elles — alors qu’il est surtout trop gay pour ça. En bon féministe qu’il est, à longueur de live, en plus de vulgariser l’histoire du féminisme et ses différentes théories, il critique ardemment les dangers conceptuels que sont la féminité sacrée, les TERFs, l’essentialisation des femmes au statut de victime éternelle, le fémonationalisme, l’homonationalisme, les logiques excluantes des milieux progressistes… et j’en passe. Pourtant, Cassandre n’est pas lavé de tout soupçon, parce qu’il a fait le choix d’être avec nous, parce qu’il n’a pas voulu être avec eux.

Ces dernières années, il faut noter une évolution de la question des masculinités dans le féminisme. Alors qu’elle a d’abord été rejetée, elle a petit à petit été partiellement acceptée. Elle a commencé à être discutée dans des podcasts, des vidéos, des livres… Après tout, c’est à la mode d’être intersectionnel, et si on veut être aussi radical qu’on le prétend, on se doit de comprendre les liens entre genre, classe, et race. Malheureusement, cette démarche se limite souvent à une posture superficielle, et il suffit qu’un groupe comme le nôtre émerge pour qu’il dérange. On a beau se méfier du concernisme, on est conscient que la somme de nos identités est effacée à la seule lecture du genre.

Oui, à Zawa Prod, on est pour l’instant principalement des mecs. Des mecs d’origines prolo, geek, queer, arabes ou musulmanes, qui viennent parler avec leurs codes, dans un ancrage politique qui mélange la gauche radicale, le féminisme matérialiste, l’antiracisme décolonial. Dans tout ce qu’on a produit, c’est précisément parce qu’on est issus des masculinités qu’on arrive si bien à parler des incels, des beaufs, des vendeurs de formation en séduction, des gamers et des barbares. Avec notre ton de mecs, nos blagues de mecs, nos vécus de mecs. Si on a aucun mal à se considérer de gauche, on a conscience d’avoir toujours été complémentaires aux discours féministes et un remède aux discours masculinistes qui pullulent sur internet. C’est pour cela qu’on a été autant décriés que respectés et qu’on a trouvé notre public. Cette façon de faire a politisé un tas de meufs et de mecs paumés, mais pas que, car elle a aussi rassemblé celles et ceux qui ne se retrouvaient pas dans les cases qu’on leur proposait ailleurs.

Comment ça se fait alors qu’on soit perçu à ce point comme des antiféministes ? Est-ce parce qu’on s’inscrit parmi celles et ceux qui constatent qu’au même titre que l’écologie de jardin, le féminisme libéral est devenu le terrain privilégié et performatif de la petite bourgeoisie intellectuelle, et que dans la triste hiérarchie des luttes, ses conflits d’intérêt ont pris le dessus sur le reste ? Il faut bien constater que certaines appropriations du féminisme servent à plaquer des lectures essentialistes sur la masculinité et la féminité, à relayer des discours racistes, à passer sous silence d’autres dynamiques sociales, ou encore à réclamer l’alourdissement des peines et le renforcement de l’appareil policier et judiciaire. Et ces discours ne viennent pas uniquement de la droite. C’est même parfois dans les mouvements de gauche qu’ils sont enracinés.

Nous pouvons nous moquer du caractère soporifique des conférences intellectuelles, la qualité douteuse de leur captation audio, le manque de représentation populaire dans les organisations et les partis de gauche, la timidité des discours antiracistes au regard de l’islamophobie ambiante, le rapport méprisant qu’ont les élites universitaires au divertissement, à l’art et la culture, tout ça, nous pouvons tirer à boulets rouges dessus, mais pas sur les angles morts du féminisme ! Sur ce sujet, chut, on est illégitimes. 

Pourtant, c’est bien nos lectures féministes et queer qui nous ont permis de concevoir le genre dans sa globalité, et comprendre la masculinité comme un des rouages de sa complexité. C’est bien notre considération pour le féminisme matérialiste qui pose problème à nos adversaires libéraux et de droite. C’est pourquoi on se dit qu’il y a derrière ce reproche d’abord et avant tout un problème avec notre ton, avec notre façon de faire.

Il y a un décalage entre la théorie et la pratique. La gauche foisonne de concepts pour parler de la sexualité, de la drogue, de la précarité, mais derrière ses prétentions progressistes, elle n’aime pas tant que ça quand des personnes expriment leurs dissonances, et encore moins avec leurs mots. Cela reste finalement sale, de parler vrai, de réalité crue et d’expériences torturées. Tant qu’on est dans l’abstraction, dans des séries ou des films, on peut s’en émouvoir, mais dès qu’on donne l’exemple de quelqu’un de concret, avec ses tares et ses défauts, on est sur une pente glissante. C’est forcément problématique. Comme si on cherchait à l’expliquer, ou pire, à l’excuser.

L’ironie dans tout ça étant qu’on reste finalement assez loin des canons de la masculinité hégémonique. Si nos attitudes et nos discours sonnent déjà trop mascu pour certains, je n’ose me demander comment ils perçoivent les milieux d’où nous provenons. C’est certainement la raison pour laquelle on ne peut, comme certains hommes aiment s’en vanter, considérer la masculinité par le seul prisme du dégoût. A cause de ça, peut-être qu’on est pas safe, et qu’on ne le sera jamais. Peut-être qu’il serait préférable que ces sujets soient traités par des personnes plus polies, plus protégées, qui auraient alors le luxe de ne dessiner que les contours de l’abîme sans jamais avoir à y plonger. 

On a l’impression que c’est cette vulgarité qui pose problème à nos détracteurs, et que c’est ce conflit politique qu’ils n’arrivent pas à aborder avec nous. C’est cette liberté que nous avons pour parler de nos vies et de nos failles, et cette façon de revendiquer une forme de droit à l’erreur, à la difficulté, au fait d’avoir pu prendre des chemins qui semblent inexplicables pour les plus privilégiés. C’est en tout cas la résonance politique qu’elle suppose, et le prétexte pour lequel beaucoup ne nous apprécient pas – et nous résument à de méchantes ordures. Voilà pourquoi, lorsque mon ex me reproche d’être un pervers narcissique, nombre d’entre eux sortent du bois en affirmant qu’ils s’en « doutaient », que c’était « sûr depuis le début », et qu’on a « bâti nos carrières sur la misogynie ».

Et si donc notre exploration et notre compréhension des masculinités sont ce qui nous vaut cette triste réputation, eh bien, allons-y. Ce n’est pas une étiquette qui nous enchante, loin de là ! Mais en tous cas, c’est une contradiction que nous aurons bien moins de mal à défaire que celles de ceux qui nous pointent du doigt.

Pervers narcissique

Quoi de plus évident pour Narcisse, si ce n’est l’exercice du reflet ?

Je suis né, et comme tout le monde, j’ai pas trop compris pourquoi. Je décevais visiblement souvent ma mère, vu qu’elle me frappait. Très jeune, on m’a annoncé qu’elle était malade, et qu’elle allait bientôt mourir. On m’a conseillé de ne pas pleurer. Comme je ne savais pas comment réagir, j’ai trouvé ça un peu cool. Je lui en ai voulu de survivre. J’arrivais pas à aimer l’école. Les profs et les adultes me disaient que j’étais nul. Je comprenais pas pourquoi c’était pas bien d’être un babtou, je comprenais encore moins pourquoi mes potes me disaient que c’était toujours mieux que de pas en être un. Je me suis enfermé, je jugeais les autres. Quand j’ai eu internet, j’ai commencé à trop traîner dessus. J’y ai rencontré des types pas nets. J’ai joué au plus malin sur des forums. J’faisais le mec, mais quand mon grand frère a tabassé ma mère, j’suis pas intervenu. J’ai pas assez stoppé mes potes qui faisaient des vannes de merde, qui s’en prenaient aux meufs et aux autres. J’ai rigolé à gorge déployée avec eux quand ils se moquaient de la go que j’aimais. Je lui en voulais d’être partie à Paris, d’avoir plus d’opportunités dans la vie que moi. J’me sentais si seul que j’ai fait du chantage au suicide pour retourner avec elle. Résultat je lui ai fait encore plus de mal. J’travaillais chaque vacances mais j’avais pas assez de thunes pour mes études. J’ai été agressé 2 fois en 3 mois, alors ça m’a achevé, j’ai dû les arrêter et rendre ma chambre de 9m² du Crous. J’avais vraiment envie de me foutre en l’air, j’ai d’ailleurs voulu me pendre dans la chambre de mes parents. Ils n’ont pas su quoi faire, et ils s’en sont voulu. Alors je m’en suis voulu aussi. Ils m’ont emmené voir un psy. J’arrivais plus à dormir, je prenais des cachetons dont je comprenais ni le nom ni les effets. J’ai trouvé une coloc. J’ai envoyé une photo de mes couilles à tout mon répertoire pour faire rire des cons lors d’une de mes premières cuites. Il y avait même mon ex et ma mère dedans. Dès le lendemain, j’ai pas trouvé ça si drôle mais j’ai mis deux ans de plus à m’en excuser. J’ai fini par me séparer de ces mecs, ils m’ont harcelé pendant des années. J’ai trouvé que c’était mérité. Un jour y en a un qui est venu me demander pardon, alors je l’ai remercié et on s’est remis à se kiffer. Ma mère est retombée gravement malade. J’ai raté mes études, j’y arrivais pas, je préférais boire, jouer aux jeux vidéo et oublier. J’ai commencé une médiocre chaîne YouTube, et j’enviais les stats des autres. J’étais tellement obnubilé par ça, j’ai pas été voir tant que ça ma mère à l’hosto. Le train était cher et ça me servait d’excuse. Je l’ai laissé crever sans lui dire assez combien je l’aimais. J’ai pas assez parlé à mon père quand il déprimait. J’ai pas téléphoné à mon grand-père, parce que je lui en voulais. J’ai revu mon frère après dix ans, et je suis parti plus tôt parce que c’était trop violent. J’ai pas su être un bon frère. J’ai pas su être un bon fils.

J’ai pas pris mes responsabilités. J’ai plus su faire les vidéos qu’on me demandait. J’ai lu tous les comms qui disaient que j’étais une petite merde autiste privilégiée, un cuck et un pédé, et j’ai été d’accord avec eux. J’ai commencé à fumer de la beuh, et à boire massivement de l’alcool. Je suis devenu un drogué et un alcoolique. J’ai arrêté de payer mon loyer. J’diabolisais mon propriétaire et les 450 € qu’il me volait, mais quand son fils m’a appelé pour me dire que je devais le rembourser, parce qu’il venait de perdre son père et qu’il voulait vendre l’appartement, j’ai pas su quoi faire. Alors j’ai appelé mon papa. Il m’a dit qu’il allait vendre sa voiture, bien qu’il vivait dans un petit village et qu’il en avait besoin. J’ai envisagé de refaire un taf qui me plaisait pas, mais j’ai préféré faire un thread de salope. J’ai joué la victime, et des gens m’ont envoyé quelques sous. J’m’en suis voulu et j’ai fait Réponse à Internet. J’ai perdu mon toit et bizarrement presque tous mes potes. J’ai couché avec une meuf que j’aimais au début, car je croyais qu’elle me considérait, et que j’allais m’installer dans son bel appart. Elle m’a jeté pour un autre mec et parce que je trimballais mon chien. J’ai épuisé ce qu’il me restait d’amis en traînant chez eux. Je voulais pas retourner chez mon père. Je ne voulais plus être un poids pour lui. Cette meuf m’a rappelé, et a accepté que je revienne chez elle s’il n’y avait plus mon chien. J’ai dû abandonner mon chien. J’crois que ce jour, j’ai presque plus pleuré que pour ma mère. J’avoue, mon cœur a eu du mal à aimer à nouveau. J’ai rencontré Raz. J’lui ai tout raconté, et il m’a aidé à monter de nouveaux projets. Il a perdu son appart lui aussi, et puis son taf. Il s’est remis à bader. J’ai dû lui dire que c’était soit il streamait avec moi, soit il allait rester un junkie et crever d’overdose. Je sais pas pourquoi il m’a écouté. J’ai rencontré Cassandre, j’avais pas confiance en lui parce que c’était un bourgeois. Pourtant c’est grâce à lui qu’on a retrouvé un toit. J’me suis barré direct de chez la meuf chez qui je créchais. Je lui ai toujours pas pardonné pour mon chien, je crois. J’ai posé mon lit dans une chambre, après plus de trois ans sans en avoir, et j’ai perdu mon père le même jour. J’l’ai rappelée et elle m’a aidée à gérer son décès lorsque j’y arrivais pas. Alors, je me suis dit qu’elle était quand même chouette. On était quittes. Et on se quitte. C’est dur, et j’me rends compte que ça commence à faire pas mal de blessures. J’arrête l’alcool, et la weed. J’me mets au sport, j’me promets d’être un autre homme. J’grimpe, j’grimpe, tellement que je crois que j’m’en sors. J’me mets avec une fille bien avec qui je traînais au squat. Mais son mal-être me renvoie à mon mal-être. Alors je lâche la relation et j’me concentre sur Twitch. À la place, j’ai des plans culs minables. La vérité, ces gars et ces gos, j’les trouve trop bien, pas assez cassés pour me comprendre. J’ai du mal à bander, ou à pas stresser quand j’ken, parce que j’ai oublié comment on fait quand on en a vraiment envie. J’crois que j’en ai marre de baiser pour rien. J’vois Raz et Cassandre être heureux dans le salon le soir, et moi aussi j’veux être amoureux. J’suis jaloux d’eux. La coloc s’envenime en partie à cause de ça, et chaque soir on doit pourtant streamer. Jouer les petits caïds de la gauche sur internet, comme on s’imaginait l’être dans les squats.

J’rencontre cette go, elle est comme moi. Elle a plus d’abonnés TikTok que moi. Elle fait un métier mi-privilégié mi-précaire comme moi, elle gagne plus que moi mais elle flippe plus que moi. Elle est malheureuse en amour aussi. On décide de se voir de plus en plus. Je l’emmène dans mon univers, mais j’vois qu’on la considère moins et qu’elle en souffre. J’lui fais des leçons auxquelles je crois à peine, sur le fait que dans la vie, avec un peu de force on peut s’en sortir. Elle me dit qu’elle, elle n’y croit pas, elle a trop peur de l’abandon. Elle veut que je m’affiche avec elle sur le net, que je sois fier d’elle, qu’on se montre ensemble. Je suis fier d’elle, mais j’ai peur que les trolls d’extrême droite que j’affronte mettent sa tête sur des miniatures abjectes. Alors je refuse, et elle pense que je l’aime pas. Elle se ferme parfois, parce que je suis irritable et que je m’énerve, parce que je priorise mon travail à elle, parce qu’elle croit que quand j’vais voir quelqu’un, c’est pour la tromper. On s’embrouille mais on se soutient, on s’persuade l’un et l’autre qu’on n’aura de toute façon pas mieux. Un jour à Noël on se boude. Je veux faire semblant qu’on devrait être heureux ensemble, qu’on est la seule famille qui se suffit, et elle non. Elle sait que c’est un mensonge, que nos parents ne sont pas là et que c’est ça le fond du problème. Je déménage de la coloc, je trouve mon propre appart. Il est grand et bien, j’ai enfin un peu d’argent. Elle vient chez moi tout le temps. Tellement qu’au bout d’un moment, on finit par emménager ensemble. C’était pas une si bonne idée. Peu après, j’ai besoin de vacances. Elle ne veut pas partir, mais elle ne veut pas que je parte sans elle non plus. Je lui propose de payer la plupart du voyage, et on s’envole. Sur place, on s’agace, on s’engueule de plus en plus. Elle me force à participer à son contenu, et se sent lassée du mien. On ne s’aime plus je crois. J’étais dans le déni, je croyais que ce voyage allait nous renforcer, mais il me montre ce que je ne voulais pas voir : on s’étouffe, on s’insupporte. Elle ne veut pas me laisser aller boire un verre avec un pote. J’y vais quand même. On se tire la gueule tout le reste des vacances ou presque. Le dernier jour, je lui dis que je n’en peux plus. Et qu’à notre retour, on se quittera. Je lui dis de rappeler sa proprio. Elle récupère son appart. Elle me menace de se suicider. Je me reconnais. Elle dit qu’elle va disparaître pour toujours, qu’elle va me bloquer de partout. Je lui dis qu’on a besoin de temps, là, mais qu’on est pas obligés de se détester, qu’on peut faire autrement, qu’on peut se comporter comme des adultes de plus de 30 ans. Elle part au Koweït, elle me dit que c’est pour un temps. Elle revient en urgence trois mois après. On se voit, avec des amis en commun. Elle m’explique que sa coloc l’a virée en l’insultant. Je la rassure en lui disant que sa pote est pas très cool. Elle me remercie et me dit bravo : elle voit que de mon côté, j’ai bien réussi. Maintenant, on a des locaux, une équipe, un show qui tient la route. Je m’en veux de ce côté inégalitaire, de la chance que j’ai qu’elle n’a pas eue. Je lui propose de participer, de l’aider, mais elle veut aussi voler de ses propres ailes, ce qui se comprend. Des gens avec qui on travaille l’aident avec plaisir. Je lui donne des conseils sur ses vidéos, sur son projet d’émission, sur ses choix de logos. Elle se confie à des amis qu’on a en commun, sur notre rupture, sur le fait qu’elle m’aime encore, que c’est toujours douloureux pour elle. Je trouve qu’elle m’envoie trop de messages, qu’elle fait des sortes de chaud/froid un peu bizarres, et qu’elle utilise des prétextes professionnels pour ça. Avec Raz, on lui dit. Sans fermer la porte, en lui disant qu’on comprend que ça risque de lui prendre du temps. Elle finit par me bloquer, par nous bloquer, et m’accuse aujourd’hui de l’avoir mise sous emprise et avec elle le monde entier.

Je ne lui en veux pas, j’ai toutes les raisons de penser que j’ai fait de la merde, que cette relation n’était pas bonne, ni pour elle, ni pour moi. Le tribunal d’internet exige de moi que je comprenne ce qui n’allait pas dans cette relation, et de faire le chemin, d’évoluer. L’ennui, c’est que je trouve que je l’ai déjà fait. Si je l’ai quittée, c’est bel et bien parce que je trouvais que cette relation devenait toxique. Je n’ai pas envie d’invalider son ressenti pour autant. Je vois comment, à travers les asymétries de la relation, à cause de nos parcours de vie respectifs, de la taille dévorante de mes projets, de son emménagement chez moi et pas chez elle, elle a fini par se dire qu’elle s’effaçait à mon profit. Pour ça, j’en suis sincèrement désolé. Et s’il le faut, je lui présenterai mes excuses autant de fois qu’il le faudra. J’aimerais qu’elle sache que la blesser n’a jamais été mon intention. J’ai cru en ce couple et j’ai voulu me battre pour le sauver, du mieux que je le pouvais. J’ai fini par me rendre compte de ces déséquilibres et j’en ai conclu que ça ne pouvait plus fonctionner. Je comprendrais qu’elle ne puisse pas me le pardonner. Si elle souhaite qu’un jour on en discute, ma porte sera toujours ouverte. Si elle ne le veut pas, j’espère qu’elle saura que je l’accepte. Et que cela ne regarde qu’elle.

La Peine de la Gauche

Dany et Raz ont craqué en live. Une chose est certaine : nous n’aurions pas dû réagir comme ça. Notre public est déçu. Nous n’avons pas été capables de réussir là où tous les autres ont échoué. Au-delà de ce qu’on a fait, et qu’on nous apprécie ou non, la réponse que tout le monde attend est : comment on fait ? Comment on gère dans ce genre de situations ? Le souci étant que personne ne sait vraiment.

Il y en a qui prétendent avoir une solution, qui surfent sur ce vide politique à coup de tiktoks, de tweets ou de vidéos, pour incriminer, rappeler à quel point ça les indigne, pourquoi eux sont vertueux. À peine 24 heures après, Mathieu Burgalassi témoigne sur son live qu’il reçoit des messages lui demandant de supprimer les entretiens qu’il a menés avec Raz et moi. Plusieurs de mes ex et de mes amis reçoivent des messages, parfois par dizaines, pour leur demander de témoigner ou de se prononcer sur mon cas. Tous s’immiscent dans ma vie privée, dans l’intimité de mes proches, et propagent des choses fausses à notre égard. Ils débattent pendant des heures de ce qu’on devrait faire des agresseurs, de moi, des autres, tout en étant incapables d’envoyer ou de répondre à un message privé pour tenter de comprendre la situation. Au lieu de ça, ils en font du contenu, et se gargarisent de bonnes méthodes. Une partie du public a l’impression d’obtenir des réponses, de regarder des leaders qui savent quoi faire de leur colère. Une autre est déçue d’eux, en plus de nous.

Bien sûr, ils savent que quelque chose est louche là-dedans. Ils n’aiment pas ces méthodes quand ça les touche. Ils ont conscience que ça a un impact concret sur la vie et la santé mentale des gens. Ils ont lu les ouvrages militants, vu les vidéos qui parlent de cancel culture, de moralisme progressiste, de logiques punitives. Ils ne veulent pas être associés à tout ça. C’est pourquoi ils répètent comme des perroquets être « pour la justice transformative » et que c’est « mal d’aller harceler les personnes concernées ». Pourtant ils le font. Ils ont toute cette violence sous les yeux, et s’en dégoûtent autant qu’ils s’en délectent.

Quand ce genre d’affaires devient médiatique, ou finit en ligne, on voit bien la manière dont beaucoup les commentent et les traitent, deviennent juge, juré, avocat, procureur ou bourreau, voire tout à la fois. Ils sont pris par l’urgence de réagir, selon leurs principes politiques ou moraux. Mais ils occupent nécessairement une place extérieure. Ils deviennent dépositaires d’une parole, publique ou privée, et ne savent pas quoi en faire.

C’est ce qui les amène presque toujours à déposséder les personnes concernées de leur propre témoignage : à peine est-il posé qu’il ne leur appartient déjà plus. Le voilà disséqué, analysé, passé à la moulinette de la théorie politique, mis à distance d’une telle façon qu’on y perd l’émotion brute qui l’a entraîné en premier lieu. La souffrance à réparer se perd dans la tentative désespérée des autres de donner un sens à ce qui s’est passé. On se retrouve alors piégé dans une frustration partagée, qui fait l’inverse de soigner. Si le traumatisme peut s’apparenter à une suspension du temps, où la personne ressasse sans cesse l’événement en en devenant prisonnière, la multiplication des discours et des prises de position reproduit alors ce schéma et le perpétue. On attend une sentence qui ne viendra pas. On ne fait que répéter « Et après ? »; on extrapole, on fouille dans le moindre recoin, on décortique chaque phrase, chaque intention, pour alourdir le dossier et justifier qu’aucune peine ne suffira jamais. 

Pourtant, en principe, la justice, toute perfectible qu’elle soit, suppose la temporalité. Elle est censée recontextualiser les faits, solder la douleur, trancher pour permettre à la société et aux différentes parties d’avancer, de passer à autre chose. Mais la raison pour laquelle on critique autant la justice telle qu’elle est rendue, c’est aussi parce qu’elle est profondément inégalitaire. Il y a des personnes qui ne sont jamais condamnées, et d’autres qui le sont systématiquement. Ce sont principalement des hommes dans les deux cas, mais pas exactement les mêmes. On le sait, en France, nos tribunaux protègent plutôt les ministres que les victimes de la police.

C’est cela que le call-out essaie de pallier : atteindre ceux qui sont inatteignables, faire valoir son vécu sans intermédiaire pour le rabaisser, visibiliser ce qui est habituellement caché. Quitte à ce que ça fasse du mal. On peut reconnaître que ça peut être légitime et nécessaire dans certains cas. Mais avoir recours à quelque punition que ce soit est un choix qui s’interroge. En supposant qu’elle puisse être plus efficace que destructrice, il faut délimiter clairement à partir d’où elle commence. Quel degré de gravité mérite quelle sanction ? Pour quelles cibles et pour combien de temps ?

C’est là qu’il faut se poser et analyser. On peut trouver que notre réaction était nulle, mais admettre que celle des autres n’était pas meilleure. Le call-out est un processus inarrêtable qui une fois lancé isole, interrompt le dialogue et éclabousse toutes les personnes qui en font partie. Une sorte de peine qu’on applique sans discernement, sans être sûr de ce qu’on en attend, et dont il devient impossible d’assumer tous les effets.

Pour justifier la peine et la répression, on se sert souvent des cas les plus extrêmes, les monstres : leurs actes sont si terrifiants, qu’on peut facilement les juger, et s’en débarrasser, comme s’ils étaient des exceptions à ce qu’il se passe dans la société, que leurs actes n’étaient à aucun moment de notre ressort. Mais dans le cas des violences ordinaires, la plupart sont plutôt d’une affreuse banalité. Elles peuvent être tout aussi traumatisantes, mais elles sont plus complexes à trancher, plus douloureuses à reconnaître. Elles ne nous appartiennent pas totalement, et on en est aussi un peu tous et toutes responsables.

Ce qu’on peut retenir des exemples récents — ceux d’Adrien Quatennens et Taha Bouhafs — c’est que même des organisations politiques progressistes, pourtant épaulées par des féministes spécialisées, n’ont pas su trouver d’issues satisfaisantes.
Pour l’un, il y a eu violence, il y a eu condamnation, mais on a fait l’autruche sur la marche qui devait suivre. Pour l’autre, on ne sait toujours pas de quoi il est accusé, et il a été écarté malgré tout, en plein cœur d’une campagne de dénigrements racistes.

L’incertitude autour de la manière de traiter ces situations rend leur gestion profondément partiale. Cet arbitraire ouvre la voie à l’instrumentalisation : les affaires de violences sexistes et sexuelles deviennent parfois le terrain où se rejouent d’autres conflits politiques — au risque qu’elles paraissent « réglées », alors qu’elles ne le sont que sur un malentendu.

C’est pourquoi j’ai un peu de mal avec tout ce qu’il se passe, que ce soit à propos de moi, ou à propos des autres. Quelque chose ne va pas avec ces innombrables histoires qui pullulent dans les cercles militants, les milieux artistiques et étudiants. Si j’en crois les dizaines de témoignages que j’ai reçus depuis cette histoire, pour toutes les personnes qui ont eu un jour à gérer ça, le même constat s’impose : il n’y a pas de mode d’emploi. Ne rien faire est un problème, car laisser le fautif en place, c’est quelque part accepter ses comportements, et envoyer un message catastrophique envers la victime. Mais l’isoler ou le virer, c’est une sanction souvent aussi inutile que trop sévère, qui réalise l’exploit de faire pire que la justice traditionnelle alors qu’elle était censée s’y substituer. Souvent, finalement, c’est tout le groupe qui s’en veut, et personne n’en sort avec le sentiment d’avoir avancé.

Dans ces histoires de pratiques punitives communautaires, où nous avons tout à revoir, où la place n’est plus à l’écoute mais au cyberharcèlement et au bad buzz, mon ex et moi sommes au moins victimes de cette bêtise. Le nœud n’est pas tant en moi, ou dans les médiocres comportements que j’ai pu avoir. Il est plutôt inhérent à cette manière absurde qu’a ma génération de tenter de résoudre son impuissance politique en la reproduisant.

On le sait, la majorité des situations de violences sexistes, racistes, ou interpersonnelles ne sont pas que le fruit des individus qui les commettent. Elles sont aussi structurées, produites par des systèmes de dominations dans lesquels nous sommes tous et toutes pris. Il arrive même, assez souvent, que l’on puisse commettre une violence sans forcément s’en rendre compte, tant elles sont banalisées et reproduites. Mais dès qu’on parle de sujets graves, et notamment de VSS, qui est une des formes de violence les plus moralement débattues actuellement, là encore le problème est double. « Excuser » ou expliquer une VSS à cause de la dimension systémique du patriarcat semble aussi dangereux et épouvantable que d’imputer la faute toute entière à l’individu qui l’a commise. Comment faire, comment trouver un entre deux ? C’est la question à un million d’euros. Celle qui pourrait résoudre des siècles de débats philosophiques entre déterminisme et libre arbitre. Celle dont on a désespérément besoin.

La vérité est multiple, c’est pourquoi il faut considérer toutes les paroles, tous les points de vue, pour déplier les situations dans lesquelles notre société inégalitaire nous précipite. Malheureusement, on est souvent désemparés face à ça, et on cherche une réponse morale, individuelle à des problèmes collectifs. On continue de raconter qu’il y a de grandes structures maléfiques qui nous incitent à mal faire, et qu’il suffirait d’une volonté héroïque pour leur tenir tête. Cela mène forcément à ce qu’il y ait d’un côté les gentils, les gens formés et éduqués, et de l’autre les merdes, les incapables de se déconstruire.

N’oublions pas que nous prétendons parler aux minorités, aux opprimés, à celles et ceux qui portent mille stigmates sur le dos. Qui voudrait nous rejoindre, si nous appliquons un ticket d’entrée aussi cher, où il faut être infaillible pour être « légitime » ? Sommes-nous seulement bienveillants si on ne peut l’être qu’envers les gentils et les innocents, et non envers les malchanceux et les moins bons ?

Je vois toutes ces prises de parole qui viennent répéter « Brûlons nos idoles » comme une litanie trop agitée. Mais à l’inverse, pourquoi ne pas plutôt les considérer comme humaines, c’est-à-dire parfois nulles ou décevantes, parfois inexplicablement merveilleuses, souvent les deux, et en prendre soin en tant que telles ! Un Mélenchon, soyons déjà heureux d’en avoir un ! Ce n’est pas tous les pays en ce moment qui ont notre gauche. Certains n’en ont même plus. Si précisément il n’y a pas de femmes là où il y a difficilement un homme, c’est que les trous de souris sont encore trop petits. 

Bien évidemment, l’homme providentiel est un mythe. Mais paradoxalement, beaucoup l’attendent là où ils croient le rejeter. Ô seigneur, s’il vous plaît, dans le cadre de cette lutte bientôt perdue, envoyez-nous des anges qui n’existent pas pour remplacer les imparfaits qui la mènent déjà ! 

Arrêtons les enfantillages. On joue avec le feu. Nous perdons un temps fou à remettre constamment en cause les rares figures et initiatives que nous avons, au service de la droite et de la réaction. Le dernier exemple en date est celui de la France Insoumise et de son affiche sur Cyril Hanouna supposée antisémite. À l’heure où l’extrême droite au pouvoir fait de véritables saluts nazis en public, les libéraux tombent dans le piège et finissent moins gênés par eux que par nous. Si on veut véritablement faire front, on doit s’attaquer aux racines des problèmes, pas seulement à leurs symptômes — au risque d’en retrouver chez n’importe qui. Ayons au moins ce réflexe à l’œil, ne serait-ce que parce qu’il s’est retourné plus d’une fois contre nous.

Geoffroy de Lagasnerie nous alertait récemment sur la nécessité de se méfier de penser la lutte dans les mêmes termes « d’impunité » et de « responsabilité personnelle » que la droite. Certes, qu’il s’agisse des ultra-riches, des dealeurs de drogue ou des prédateurs sexuels, en fonction de nos préférences politiques, ce ne sont pas les mêmes personnes que notre colère vise. Mais le risque que l’on court, en refusant tout projet politique qui n’aura pas pour finalité d’être abolitionniste, c’est celui de conserver le même ordre social, car, à la fin, ce sont toujours les mêmes qui trinquent quand on choisit de renforcer l’arsenal répressif.

Ce n’est ni pour mon cas, ni pour demain, ni peut-être même pour ce siècle ou le prochain, qu’on trouvera comment faire justice. L’humanité a progressé sur des centaines de sujets, sur des choses aussi complexes que la médecine ou la physique, en mettant son logiciel à jour, à la lumière des sciences et de l’histoire. Mais quand il s’agit de nos blessures, comment se fait-il que nous continuions de nous punir, de nous enfermer, voire de nous tuer ? Pourquoi sommes-nous incapables de réparer le mal que l’on se fait sans imaginer faire du mal en retour ? Si l’on veut résoudre ce blocage, il semble que nous devons presque tout repenser. C’est pourquoi l’effort paraît si difficile, si idéaliste, si insurmontable.

On pourrait croire que c’est à cause de notre appétence naturelle pour la vengeance. Mais je préfère parier sur notre empathie plus que sur notre ressentiment. En réalité, je crois que dans notre vie quotidienne, on cherche justement à éviter de sanctionner les autres, à résoudre les conflits pacifiquement, idéalement à travers la communication et le temps. Dans ce monde qui se noircit, où la guerre et l’effondrement écologique hantent nos vies comme d’épais et sombres nuages, condamner moins durement ce que nous sommes est bien ce qui pourrait nous en sauver. 

C’est sur cette banalité que je fonde mon espoir. Le jour où l’humanité acceptera sa laideur, elle y apercevra le reflet de sa beauté. Ignorer la bonté qui règne en nous, c’est comme se regarder dans un miroir et ne voir que ses défauts. Cela ne peut mener qu’à se détester soi, et les autres en retour. Alors, ne nous posons pas en juge, afin de n’être pas jugés ; car c’est de la façon dont nous jugeons qu’on nous jugera, comme nous l’a soufflé celui qu’on a crucifié pour nos péchés.

Commentaires

43 réponses à « La Peine de la Gauche »

  1. Avatar de cacapipiaaah
    cacapipiaaah

    merci dany t le boss

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  2. Avatar de Nathan Dupeyre
    Nathan Dupeyre

    Respect Dany

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  3. Avatar de Nathan Dupeyre
    Nathan Dupeyre

    FREE DANY
    FREE MARVEL
    FREE PALESTINE

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  4. Avatar de Pierre
    Pierre

    j’ai pas lu

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  5. Avatar de Zapatate
    Zapatate

    Pavé César, ceux qui n’ont pas lu te saluent.

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  6. Avatar de René Foinfoin
    René Foinfoin

    dany jésugula

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  7. Avatar de Wazer
    Wazer

    Incr

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  8. Avatar de Atha'
    Atha’

    Merci Dany.

    J’ai pensé dans un premier temps que les réactions qui essayaient de politiser la question étaient les bonnes. J’ai vite déchanté. Sans pointer qui que ce soit du doigt, il me semble clair que ça ne donne rien de fécond.

    Je pense maintenant que les tiers à cette histoire auraient juste dû s’abstenir de toute réaction, au moins dans ces premiers temps où l’on en sait si peu.

    Pour réagir à ton écrit, j’aimerais ajouter une chose. Comme militante, j’ai plusieurs fois été confrontée à la difficulté de gérer des VSS en interne d’une organisation. Or, dans une organisation, nous n’avons pas le choix : nous sommes des personnes qui se fréquentent, se cotoient et militent ensemble. Militer, aujourd’hui a fortiori, doit continuer. Alors on doit « traiter » l’affaire et des tiers doivent nécessairement s’en mêler. C’est difficile mais on avance, on affine nos solutions.

    Mais là, nous sommes sur internet. Aucun.e tiers ne sera d’un secours quelconque dans cette affaire. Je ne minimise par la responsabilité et l’importance des personnes connues sur internet, loin de là. Mais je crois qu’il est urgent que nous reconnaissions collectivement qu’il nous faut apprendre à nous taire et à ne parler qu’avec nos potes de nos déceptions sur des personnalités publiques.

    Merci encore Dany, quoi qu’on puisse éventuellement un jour trouver à reprocher à ce texte, il me semble qu’il pose des choses importantes pour la suite.

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  9. Avatar de FandeMelench

    #melechon2027

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  10. Avatar de Quentin Martinet
    Quentin Martinet

    Merci pour ce texte.
    C’est, en un certain sens, plein d’une douloureuse beauté. J’espère que cela permettra de poser les bases d’une réflexion pour toi comme, plus largement, pour la gauche.

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  11. Avatar de FreeNoobistan
    FreeNoobistan

    Oe oe oe Daneau

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  12. Avatar de Arianos
    Arianos

    tu t’exprimes alors que tu sais qu’en parler peut empirer les choses. Tu montres ta vulnérabilité, tes erreurs, ton vécu. C’est rare, et ça peut être salutaire, tu ne nies pas avoir blessé. Tu ne cherches pas à tout minimiser. Tu ne attaques pas frontalement ton ex

    PAR CONTRE

    Tu parles beaucoup de toi, de ton ressenti, de ton cheminement, de ton groupe. Ton ex reste floue, presque abstraite. Tu lui accorde des mots comme “je ne lui en veux pas”, “je comprends son ressenti”, mais c’est toi qui restes au centre. Or, tu es celui mis en cause.

    Tu assumes une posture masculine, rugueuse, en parlant vrai, en venant “du terrain”, mais tu marginalises involontairement la parole féminine (même si tu dénonces les contradictions de certains féminismes). Pour certains lecteurs, ça risque de sonner comme : on est des mecs paumés, on fait ce qu’on peut, ne nous jugez pas trop durement. Ce qui peut être perçu comme une esquive de responsabilité, surtout si l’autre partie n’a pas pu raconter son point de vue.

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    1. Avatar de MoïséParGoya
      MoïséParGoya

      Tu lui reproches de marginaliser la parole féminine, de se placer au centre, mais que peut-il faire à part laisser son ex s’exprimer de son côté? Parler à sa place serait encore pire.

      De l’autre côté, il souffre et à besoin de parler. Je pense que tous les gens censés peuvent écouter Dany tout en gardant de la distance avec son ressenti, et en attendant l’autre point de vue avec respect.

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    2. Avatar de Lambda
      Lambda

      Je pense qu’on saura recevoir la parole de son ex, si elle écrit pareil un long texte ou juste quelques tweets. On sera capable de la lire. Et si elle a pas envie et préfère préserver ça pour elle, ben pareil. Je pense pas que Dany ait spécialement envie d’écrire à sa place. D’ailleurs si la question est « on pourrait lui reprocher de parler que de lui » on pourrait aussi lui reprocher de parler à la place de la victime tout autant.
      Et puis les drama internet s’attardent sur tout sauf de ce qui s’est passé entre eux. Ca critique plus la « méthode Dany et Raz » que ça n’écoute les protagonistes d’une histoire intime. Pour moi le texte c’est aussi une réponse à ça. Donc oui il parlent surtout d’eux.

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  13. Avatar de totally2e5dd2e6d2
    totally2e5dd2e6d2

    Merci d’avoir partagé. Je me suis reconnu dans ta relation ‘compliquée’ avec ta mère.

    L’empathie, la reconnaissance d’avoir blessé, l’excuse, le pardon, c’est ce qui nous permettra d’aller de l’avant et de boucler ces cycles de violences petites et grandes dans nos sociétés.

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    1. Avatar de DanyCaligula

      Il y a encore bien des choses à dire sur ma mère, mais ce n’est ni le moment ni l’endroit. Merci pour ton commentaire, il me touche.

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  14. Avatar de Phylie1988
    Phylie1988

    merci pour ton humilité , ta sincérité et ta réflexion politique. C’est un plaisir de te lire. Merci de nous pousser à nous remettre en question et à réfléchir plus grand ! Tu peux être fier de toi. Un peu, ça fait pas de mal 😘

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  15. Avatar de Clo
    Clo

    bien écris, pertinent, riche

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  16. Avatar de François Xavier mugnier
    François Xavier mugnier

    Salut gars,

    Bravo pour la démarche, ça a pas l’air simple de sortir par le haut de ce genre d’histoires.

    Visiblement tu es sincère, ceux qui savent le verront.

    Toi et la Zawa estes important justement sur ces sujets.

    Reste fort, il faut continuer le combat.

    merci merci continue

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  17. Avatar de Louis Cayron
    Louis Cayron

    Basé un peu

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  18. Avatar de Ash Taka
    Ash Taka

    super texte tu peux être fier de toi ❤ et super deux dernières lignes. Continue comme ça

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  19. Avatar de G

    c’était long mais c’était bien 👍

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  20. Avatar de Augustin fleury
    Augustin fleury

    Begaudeau visionnaire mais ok, le texte est sympa. De façon générale qd on est mec CIS blanc on est 1 PB. Comment faire pour tenter de vivre avec tout ça.

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  21. Avatar de agiletotallye41e16daa5
    agiletotallye41e16daa5

    une analyse solidement établi avec une plume qui semble peser 1 tonne au début mais qui reprend toute sa finesse et sa splendeur au fur et à mesure du dérouler.

    Bravo à toi et je suis vraiment ravi de te revoir entouré des gens qui t’aime.

    Barack Allah oufik je te souhaite bcp de Baracka Inch’Allah

    Qu’Allah te facilite dans l’apaisement de ton âme Inch’Allah.

    Ladaronne82

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    1. Avatar de DanyCaligula

      Merci beaucoup à toi, ça me touche ! Wa Fik el Baraka

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  22. Avatar de anon
    anon

    Merci pour ton texte. Je me suis reconnu dans les quelques mots que tu as eus au sujet de ta mère: petit on m’a fait comprendre que mon père allait bientôt mourir et longtemps je lui en ai voulu d’avoir survécu.

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  23. Avatar de shadowy87eb990c1f
    shadowy87eb990c1f

    très émouvant. J’espère que tout le monde sortira par le haut de cette histoire. Force à la zawa. F

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  24. Avatar de Clémentine

    Je comprend la démarche et elle est assez émouvante. Mais alors l’écriture est quand même lourde et pathos. On dirait le journal d’une ados. Après c’est en pratiquant que cela va s’affiner mais bon la c’est quand même pas ouf

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  25. Avatar de Ink
    Ink

    C’est pas mal Dany, mais du coup, vous aussi vous participiez à ce tribunal populaire à gauche, non ? Vous n’avez pas du tout soutenu François Bégaudeau alors qu’il avait déjà tout dit, sur cette gauche et vous-mêmes, en vous cachant derrière cette gauche molle, sans cohérence politique, pour ensuite la critiquer quand vous avez le nez dans la merde. Fallait être juste depuis le début. Vous n’avez pas été justes. Vous connaissez maintenant l’injustice à gauche

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    1. Avatar de DanyCaligula

      Salut, j’en fais justement un peu l’autocritique dans le texte, même si on a quand même essayé d’être nuancé sur les « affaires » du genre. Depuis au moins 2018 (il suffit d’aller regarder Réponse à Internet), j’ai un propos vis-à-vis des pratiques punitives. Pour Bégaudeau, justement, on a été accusé de trop le défendre, avant qu’il prenne mal le fait qu’on ait réagi sans lire son livre. Avec le recul, je comprends pourquoi. Par la suite, j’ai préféré échanger avec lui sur Facebook, j’ai lu son livre et j’avais prévu de l’inviter avec Wissam pour en parler… et ensuite, je me suis retrouvé dans les angoisses et ça a tout ralenti (son émission, mais aussi les autres qu’on devait faire). Voilà.

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      1. Avatar de Ink
        Ink

        Je comprends. Ton texte est sincère et profondément touchant. En partageant ton vécu, tu offres à d’autres la possibilité de s’y reconnaître ou de mieux te comprendre. C’est un exercice que chacun devrait entreprendre, surtout à gauche. Cela dit, je me doute que ce n’est pas toujours évident, notamment avec les attentes de ton audience et les enjeux auxquels tu fais face. Trouver les mots justes et les approches adaptées pour aborder ces sujets avec honnêteté reste un défi. La gauche, parfois, a encore du mal à se regarder en face de manière authentique et sans détour. Il existe sans doute une certaine lâcheté, voire une peur sociale, qui pousse à éviter des positions brûlantes mais réalistes, même lorsque notre propre camp est en tort. Pourtant, c’est peut-être précisément là qu’il faut se poser les bonnes questions et engager un dialogue, plutôt que de s’ignorer ou de fermer les yeux sur ce qui ne va pas, en feignant d’ignorer les critiques légitimes

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  26. Avatar de adin_kal
    adin_kal

    Merci Dany pour ce texte très bien écrit et émouvant.

    J’imagine la difficulté que ça doit être, non seulement de se retrouver face à une telle situation, mais surtout de dévoiler tout ces détails de ta vie privée sur Internet. Ça force le respect.

    Étant relativement nouveau à gauche, je n’aurais pas la prétention de valider ou non le fond de ton propos.
    Mais j’y retrouve beaucoup des éléments qui m’ont longtemps fais rejeter ce camp politique : ce moralisme, cette impression d’un théâtre hypocrite constant, où tout le monde essai d’apparaitre plus blanc que blanc, plus pur et plus moral que les autres. Ce qui est évidemment plus facile quand on est un bourgeois bien né, que lorsque l’on a une vie décousue.
    On perd l’humanité des gens et tout cela agit comme un repoussoir. Je sais que beaucoup de personnes que je connais ont leur âme à gauche, mais rejettent ce camp politique à cause de ça.

    Malgré tout, je pense que nous sommes nombreux à soutenir les luttes de gauche sans pour autant tomber là dedans. Et je suis convaincu que c’est cette énergie que la chaine Dany&Raz a réussi à capter.
    Chez Dany&Raz, on est de gauche, mais on ne prétend pas être parfait. Chez Dany&Raz, on fait de la lutte politique basée, mais on rigole, on fait des blagues border, on se moque, et en même temps on est jamais vraiment méchants. On pointe du doigt les contradictions sans forcément tomber dans le jugement, le cancel, l’ostracisme, la haine.

    Je comprends que pour certains, c’est « unsafe », c’est problématique, etc. J’entends les arguments.
    Mais il faut aussi comprendre que c’est justement NOTRE safespace à nous.
    La safespace de ceux qui aiment se politiser sans tout dramatiser, qui veulent parler de politique sans faire une course à la pureté, en regardant deux humains, philosopher, s’embrouiller en live, se gaslight mutuellement, rigoler, faire des commentaires parfois catastrophiques, des tunnels insupportables, s’énerver contre le chat en lisant un seul message…

    Combien j’ai d’amis qui ne regardent pas de contenus politiques de gauche, mais qui regardent Dany&Raz ? Plein. Parce que chez Dany&Raz il se passe quelque chose. Chez Dany&Raz il n’y a pas cette ambiance pesante. Chez Dany&Raz on s’assume. On dit parfois de la merde et puis on s’excuse, on se clash puis on se réconcilie. Chez Dany&Raz, on essaye pas d’être ce que l’on est pas. Par contre on essaye toujours d’être meilleur que la veille.
    Et c’est ça qui remplit les ZawaShow en 30min.

    A bientôt Dany, on espère te revoir vite.

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  27. Avatar de Anon
    Anon

    jai pas dig de fou mais vrmnt sur la manière de faire ptet il aurait fallu attendre que christa parle d’abord ds un long format quitte à prendre un peu son temps, jtrouve que c très rapide tt ça, tu dois avoir tes raisons et c’est aussi votre dos mais c vrai que ça a tendance à me gêner

    Après t’as débité d trucs pertinents et qui vont résonner chez d gens c cool, mais bon, j’ai tt de mm un p’tit goût amer, compliqué de satisfaire tt le monde aussi j’imagine

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  28. Avatar de Vaguely
    Vaguely

    Bon retour et je suis content que tu aies l’air d’aller mieux.

    Le fait d’adresser la partie 3 uniquement aux concerné·e·s est une très bonne chose, et j’aime le fait que tu profites de l’article pour dédier 3 autres parties à des refléxions plus génériques.

    C’est un très bon condensé de tes réflexions depuis 2018, ça fait plaisir de t’entendre à nouveau et j’ai hâte de découvrir la suite.

    Ce sera l’occasion d’inviter Lagasnerie et d’autres.

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  29. Avatar de piment
    piment

    J’ai été touché par ton texte. Mais je pense qu’il tape à côté du problème principal. Oui tu as eu une vie très dure avant, mais ça n’empêche pas le déséquilibre au moment de la relation (genre, statut, argent, notoriété), et donc que les violences que vous vous infligées ne peuvent être résumées à une relation « toxique », comme si c’était équivalent dans un sens comme dans l’autre. D’autant plus que tu dessines toi-même les contours d’une dépendance de sa part. Et tu ne réponds pas aux accusations de contrôle et d’emprise, comme lorsqu’elle disait que tu contrôlais sa manière de s’habiller, ce qui est déjà dépasser la ligne.

    Tu évinces trop facilement la critique politique. Lorsque tu reproches au autres créateurs de parler de cette affaire, tu as un double standard avec votre travail avec Raz. Si cela était arrivé à quelqu’un d’autre de la même magnitude, vous en auriez parlé, et à raison. Ce n’est plus une affaire personnelle, que tu le veuilles ou non. C’est une affaire de VSS sur une personnalité publique. Et avant de parler de réhabilitation, tu n’as même pas laissé le temps et l’espace à la victime de témoigner. Tu as pris toute la place d’un coup, balisant le terrain pour elle et évoquant toi même le cancel alors qu’elle n’en avait pas parlé. Je crois volontiers que cela était très dur pour toi à gérer, mais tu pouvais te retirer en attendant son témoignage sans imposer le tien au préalable.

    Je pense que tu ne t’es pas laissé le temps de réflexion nécessaire. Quoi que tu en dises, cette affaire et très récente et ne semble pas résolue. Je pense que ce que les gens te reprochent, c’est d’occuper une des places prépondérantes à gauche pour parler entre autres de féminisme et de relations alors que tu infliges des violences à au moins une femme. Personne ne te demande d’être parfait, mais une telle place implique des responsabilités. Laisse le temps à la victime de mettre des mots sur ce qu’elle a vécu, et laisse toi le temps de prendre du recul et de faire en sorte de comprendre et de déjouer les mécanismes qui t’ont poussés à avoir ce comportement. Tu l’as dit toi-même, ce n’est pas la première fois qu’une femme se sent meurtrie dans une relation avec toi. Si ton comportement est récurrent, et que la dernière violence est récente, alors ce n’est pas à minimiser. Ça ne veut pas dire que tu ne pourras plus t’exprimer sur internet ni que tu n’as pas le droit au pardon ou à la rédemption, mais avant d’en arriver là, tu dois faire mieux, et donc accepter la critique politique, recevoir le témoignage de la victime lorsqu’elle s’y sentira prête et y répondre par de vraies prises de conscience.

    Fais un break total, coupe les réseaux, pars à la campagne pour quelques temps. Tu es dans le tourbillon d’une sauce internet, et avant de poster quoi que ce soit, je pense que le mieux c’est de se laisser le temps de se remettre 10 fois en question dans un sens et dans l’autre.

    Je suis convaincu qu’on a besoin de toi Dany. Ce que tu as fait pour la culture, pour la gauche, pour nous. On a besoin de toi Dany, mais d’un Dany conséquent. Reviens plus fort, et bon courage dans cette épreuve.

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  30. Avatar de ptipied

    Merci pour ce partage.C’est un pavé donc je me permets de rajouter le mien au mur. Je me reconnais souvent dans ce que tu évoques. Ça n’en est que plus touchant.

    J’apprécie le travail d’auto-critique et d’assumer/exposer ses fragilités.

    Je ne vous suis pas toujours mais ça me fait réfléchir cette parole libre qui se donne les moyens d’être puissante.

    A te/vous lire je me pose des questions (sur vous et sur moi) :

    Comment être fragile et puissant?

    Votre fragilité assumée vous donne une légitimité et un public. Mais ne sert-elle pas d’excuse aussi?

    Votre puissance et même volonté de puissance (tu en parles bien dans le live avec Matthieu Burgalassi) vous donne un ton, une caisse de raisonnance et de la force. Mais n’est-ce pas aussi un peu aveuglant? Égo-trip? N’y a-t-il pas une responsabilité accrue à devenir puissant?

    En tout cas merci de me faire réfléchir. J’espère que toi et toutes les personnes vraiment concernées trouveront un peu de paix pour digérer tout ça.

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  31. Avatar de guigui
    guigui

    Du Bégaudeau dans le texte. Si seulement, plutôt que de se payer sa tête, vous aviez jeté un œil à son bouquin à l’époque. J’espère que l’émission prévue bientôt sera l’occasion de renouer une si riche émulation intellectuelle entre vous. J’ai d’ailleurs rencontré Dany&Raz grâce sa présence au squat philo, il y a 4 ans. Depuis je ne vous ai jamais lâché, sauf après votre live (politiquement) catastrophique sur Comme une mûle. Tu me jugeras peut-être en bandeur de François, si tu veux, mais ce n’était pas rien que de vous voir faire soudain la morale (« qu’il s’excuse ! ») à un camarade politique ayant pris soin d’écrire 400 pages pour philosopher sur les thèmes que tu mobilises aujourd’hui en des termes quasi identiques (ou qui t’ont toujours animé) ; le moralisme de la gauche et ses tristes passions de punir, comment faire justice autrement, comment les rapports de classe structurent ces réflexes, sans parler des sujets qui t’ont toujours animé ; la saisie politique (plutôt qu’esthétique) de l’art, de l’humour, bref, un bouquin taillé pour toi.

    Du reste, rien à redire, ton texte est brillant de sincérité et porte en lui nos utopies comme nos contradictions, l’un n’allant pas sans l’autre. Avec la Zawa votre apport pour la pensée critique de gauche est indispensable (l’hégémonie culturelle tout ça tout ça). Mais SVP ne jetez plus François sous le bus, surtout pour écrire la même chose que lui quelques mois plus tard.

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  32. Avatar de popaulbsimuth

    « Tu ne parles pas en détail de ta toxicité. »

    « T’exprimer avant elle, c’est pas fair-play. »

    « En parler, c’est empirer les choses. »

    « Tu parles beaucoup de toi et pas assez d’elle. »

    J’crois qu’il y a des gens qui n’ont pas compris que ce n’était pas un texte d’excuses, mais surtout un plaidoyer anti-apologétique, bien plus destiné à nous qu’à son ex. Les teubés qui se régalent à tergiverser sur la couleur du carrelage pour mieux refuser de voir l’éléphant dans la pièce cachent, au mieux, une profonde immaturité politique et, au pire, un désir nauséabond de sang (tant que ce n’est pas le leur). Dans tous les cas, ce sont des réflexes qui ne résolvent rien. On n’en sort ni meilleur, ni grandi.

    Certaines personnes auraient aimé un contenu aux deux tiers rempli de précisions sur la toxicité de la relation, d’excuses plates, de flagellation, le tout estampillé d’un bon gros tampon « lu et approuvé par tous les comités féministes de France ». Ça doit être très divertissant à regarder, mais c’est encore une fois pour mieux mettre sous le tapis l’absence de réponses concrètes.

    Le constat d’échec et de désillusion, la culture de l’indignation honteusement jouissive et auto-satisfaisante, l’angle mort des pratiques punitives dans les cercles de gauche et l’imposition vicieuse de critères de légitimité profondément excluants, glorifiant une pureté militante… Autant de problématiques sur lesquelles la gauche ne se presse pas de bosser, en tout cas, pas autrement que sous le joug théorique, et surtout, du bout des doigts.

    Il ne s’agit pas de « défendre mon streameur préféré » en me mettant des œillères arrangeantes. Là, il s’agit de pointer pour de bon l’absence de cohérence et de solutions anti-punitives et (dans un second temps) anti-carcérales efficaces, qui font énormément défaut à la gauche. Parce que oui, si la logique punitive individuelle vous convient, alors désolé de vous annoncer ça, mais vous n’êtes pas de gauche, hein. Et si « Expliquer », c’est déjà un peu chercher à s’excuser, alors là, vous êtes juste Manuel Valls. C’est un trou sans fond, un angle mort béant. C’est servir sur un plateau d’argent les contradictions « wokistes » à des adversaires peu regardants et sans beaucoup d’efforts.

    Que l’on le veuille ou non, la logique punitive a cet avantage qu’elle est « logique », et donc qu’elle n’est pas difficile à comprendre. Elle va de soi, elle est simple et en dehors de tout champ abstrait. Face à cette simplicité implacable : qu’avons-nous de tangible à proposer en réponse ?

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  33. Avatar de BriochePerdue
    BriochePerdue

    J’adore ce que vous faites avec Raz. Je suis une meuf cis, et je ne sais pas si les critiques féministes étaient vraiment de cette nature mais je me permet d’en émettre une pleine de dissonance cognitive. Pour continuer dans le narcissisme (j’ai eu les larmes aux yeux en te lisant), si je prends mon exemple, j’ai eu une vie pas facile non plus, un enchainement événements violents et absurdes. J’adore vous écouter parce que je me retrouve tellement dans vos vies et vos discours, et en même temps putain je peux pas m’empêcher de me dire si j’avais été un mec, j’aurais surement osé comme vous avoir ces propos, prendre des risques, être courageuse et me lancer. Faire un projet public. J’ai très tôt été une enfant enthousiaste, extravertie avec des idées bien à moi, mais le patriarcat a brisé tous mes élans. Aujourd’hui chaque pas vers une exposition plus importante me demande beaucoup d’effort et j’ai du mal à ne pas me censurer. Parce qu’on m’a fait comprendre toute ma vie que je devait être la petite fille calme et polie, l’ado chaste et bonne élève, l’adulte docile et productive. Je vois bien où sont mes limites aujourd’hui et j’enrage de les constater chaque fois qu’une de mes ambitions ose élever la voix mais s’y heurte. J’ai aussi peur de m’exprimer car j’ai peur des backlash inévitables. Mes seuls actes de protestations contre les politiques nauséabondes de notre pays sont mes storys sur insta et nos discussions féministes de gauche avec mon meilleur ami. Alors oui je pense que quand on vous voit, on peut vous envier, jusqu’à vouloir parler de boys club. Deux potes qui ricanent en faisant de la politique et qui taffent sur des projets qui les passionnent, on voit pas beaucoup cette décontraction et cette liberté exister chez les meufs. C’est ça qui énerve, le fait que le privilège d’être des hommes blancs vous ait permis d’y arriver. Mais si le patriarcat devait absolument privilégier quelqu’un, je préfère encore que ce soit vous.

    Et sinon, merci pour tout.

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  34. Avatar de Meta-Self

    Merci pour ce texte. Et merci de t’être donné le temps de la réflexion, pour écrire avec le cerveau branché, plutôt que d’écrire en catastrophe un truc sous le coup de l’émotion, qui aurait pu t’amener à dire de la merde que tu aurais regretté ensuite.

    Je te rejoins quand tu dis que ce sujet nous met en difficulté voir nous met en échec en tant que société. Que vous n’avez pas réussi là ou, en réalité, tous les autres ont échoué avant vous. En effet, depuis que je fréquente les réseaux sociaux (2009), je n’ai jamais vu aucun phénomène de violence collective qui à la fin, donne des résultats souhaitables et bénéfiques pour les partis impliqués, et sans avoir d’effets délétères sur tous les principaux protagonistes de ce type de phénomènes.
    J’ai un ami qui décrit ce phénomène en disant que « l’enfer est divisé contre lui-même », sans vouloir alimenter ta nouvelle tendance au recours aux images bibliques.

    Quelques jours après avoir vu votre live, j’ai commencé à écrire un texte sur Médium. Un texte très imparfait, un texte humain, mais que j’ai écrit en y mettant du cœur. Parce que depuis là ou je suis, ce qui t’arrivait était un call out de plus parmi beaucoup d’autres, et qui entrainait les mêmes phénomènes de polarisation, de violence collective, de déshumanisation. Même si je t’ai vu chercher à éviter ca, maladroitement, avec les moyens du bord, pendant ce live.

    Et j’ai été très sensible à l’expression de votre sentiment d’impuissance pendant le live, cette sensation de ne pas savoir comment réagir car quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, des gens sauteront dessus pour le récupérer, en faire une ressource pour obtenir des like, des viewers, des follows.
    Tout le monde sait que c’est pendant les phases de conflits et de dramas, et surtout quand on a une position tranchée, qu’on récupère le plus d’abonnés sur les réseaux. Et consciemment ou non, j’ai moi aussi observé un certain nombre de personnes capitaliser sur l’exhibition de votre vie privée, à toi et Christa. Faire de vous des objets de discours, auprès de qui prendre un positionnement de sauveur dans un triangle dramatique. Que ce soit pour chercher à te sauver toi, ou pour chercher à sauver Christa, dans les deux cas, l’effet est souvent d’ajouter de la violence à la violence, d’alimenter la polarisation collective, et de faire émerger l’enfer, par manque de discernement, même si c’est souvent animés des meilleures intentions.

    Ce texte que j’ai écrit, je l’avais partagé sur le serveur Discord Dany & Raz, même si je pense que tu as du avoir autre chose à faire que de le lire pendant cette période. Je l’ai écrit en partie pour toi. Parce que je ne voulais pas juste rester passif et spectateur de tout ca alors que, selon moi, on pourrait tous apprendre à faire tellement mieux, à utiliser notre énergie et nos compétences tellement plus intelligemment que pour s’entre déchirer en étant pilotés par nos insécurités et les conséquences non maîtrisées de nos blessures encore à vif. On pourrait tous apprendre à se parler comme des adultes de plus de 30 ans.
    Mais même si tu es sans doute jamais tombé sur cet article, je constate avec joie et gratitude qu’on est quand même profondément raccord sur les valeurs de fond. J’aime voir ton humilité, le courage avec lequel tu assumes ta sensibilité, ton antifragilité face à la violence qu’il y a dans ta tête et dans le monde, et j’aime sentir qu’elle n’inspire pas que moi, mais aussi beaucoup d’autres.

    Bref, hâte de lire tes prochains textes ici. Sache que les graines que tu sèmes sur internet depuis tant d’années germent dans de nombreux esprits fertiles et que dans l’ombre, tu contribues à ce qu’une forêt entière grandisse. Ensemble, nous sommes les gouttes d’eau qui formeront un océan capable de transformer des montagnes.

    PS: Un précédent commentaire de ma part a peut être été envoyé par erreur suite à une fausse manip, mais du coup il était pas complet, donc je l’ai récrit en entier, tu peux virer le précédent s’il a bien été envoyé.

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  35. Avatar de Eva
    Eva

    La seule question que je me pose, c’est si ce grand bénéfice du doute et « cet espace à la réflexion » que tu poses :

    • en te victimisant d’abord par ton vécu
    • puis en posant subtilement que punir pour punir, c’est mal,
    • puis le tribunal public, c’est mal,
    • puis il y a plein de vérités, elle n’appartient pas qu’a une personne

    Je me demande si ces bénéfices, tu les accorderais à quelqu’un d’autre qu’à toi-même ? Si pas de toi à toi, des partisans de Zawaprod à toi, … ?

    Dit autrement: Est-ce qu’une autre personne que toi, dans une situation similaire, aurait bénéficié d’autant de marge de manoeuvre sur la réalité de ce « callout », et aurait le droit de regard sur ses conséquences ?

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  36. Avatar de ymsama003
    ymsama003

    Le texte n’est peut-être pas parfait, mais il a été écrit avec sincérité, avec les tripes, et ça se sent. Peu de gens prendront la peine de te comprendre ; beaucoup, en revanche, préféreront caricaturer tes propos. C’est quelque chose qui m’avait déjà attristé à l’époque où Bégaudeau publiait son dernier livre. Vous – toi et Raz – ne l’aviez certes pas attaqué de front, mais vous n’aviez pas non plus pris sa défense sur certaines positions qui, pourtant, sont aussi les vôtres. À l’époque, vous adoptiez aussi une posture de jugement moral, exigeant de lui des excuses sans disposer de tous les éléments, contribuant ainsi – peut-être malgré vous – à entretenir une confusion autour de sa pensée. En le réduisant à une caricature de « mascu » aigri, un peu misogyne, en suggérant qu’il pleurnichait et qu’il était illégitime à parler de féminisme, vous lui avez prêté des intentions et des positions qui, en réalité, n’étaient pas les siennes. Dans ces conditions, je comprends qu’il vous en ait voulu. Il vous pensait sur la même ligne que lui, et il a découvert que, sous la pression, vous aviez préféré donner des gages à une gauche de plus en plus rigide et suspicieuse. Son livre venait à peine de sortir et déjà, sans même le lire, tout le monde s’empressait d’en parler pour en dire des absurdités. C’est ainsi qu’on décrédibilise un auteur, qu’on réduit son travail à des clichés. Et aujourd’hui, Dany, je te vois traverser la même tempête : des interprétations hasardeuses, des procès d’intention, des analyses à l’emporte-pièce sur ton supposé fond misogyne. Comme Bégaudeau, tu es devenu un objet de spéculation, un prétexte pour que chacun projette ses théories fumeuses. Et au fond, tout cela ne fait que confirmer l’état de cette gauche impuissante, qui se replie sur des réflexes moraux et des postures autoritaires. Et ce n’est sans doute pas près de changer

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  37. Avatar de groovyscrumptiously881aa175e2
    groovyscrumptiously881aa175e2

    Très beau texte même si la plume n’est pas encore aussi assurée et acérée que celle de Begaudeau mais cela viendra peut être avec la pratique et l’expérience ! En tout cas j’espère qu’on aura enfin la chance d’assister à la rencontre de Dany et François !
    Merci pour cette anti fragilité courageuse et vulnérable qui touche à l’essence de l’autofiction la plus pure. Dany, peut être notre prochain Guillaume Dustan ?
    Et toi qui sembles être agnostique théiste, je trouve qu’utiliser les philosophies orientales pour aborder la résolution de conflits de ce genre serait peut être intéressant. Dans les affaires comme celle qui te concerne, on voit bien que la pensée occidentale pousse à des réactions binaires qui ne laisse pas la place à la nuance. Les gens vont immédiatement te juger soit coupable soit innocent, te réduire à une catégorie figée non scientifique ( tu es un pervers narcissique ) ou vont affirmer que Christa est une manipulatrice qui porte de fausses accusations pour se venger. Alors qu’une pensée plus fluide et contextuelle inspirée du bouddhisme et du taoïsme permettrait d’éviter les jugements définitifs et de reconnaître que la réalité est complexe. Elle permettrait aussi d’analyser les facteurs d’interdépendance (psychologiques éventuellement socio et historiques) qui mènent à ce type de relations. Au lieu d’être binaire et de dire que tu es un PN monstrueux et ton ex une innocente victime, ce serait sans doute plus proche de la réalité que les gens comprennent que le PN n’existe pas et la victime parfaite non plus dans un couple toxique, que les deux ont vraisemblablement des mécanismes de défense inadaptés et des traits d’instabilité émotionnelle destructeurs, que c’est juste l’histoire de deux jeunes adultes qui ont au fond d’eux ne cachent pas des monstres mais des petits enfants intérieurs blessés. Sur ce point je suis très déçue que Padu qui est psychiatre n’ait pas pu apporter une quelconque nuance aux propos de dr Zoe.

    Enfin je crois que ce serait très constructif qu’avec Begaudeau vous puissiez discuter des problèmes de pureté militante à gauche, et l’approche orientale pourrait compenser la pensée occidentale ici aussi trop binaire, qui simplifie les enjeux en « bons vs méchants » et privilégie l’activisme identitaire et l’individualisme au détriment d’un récit universel et de l’harmonie collective. Une approche trop sectorielle (race, identité, genre) risque d’éclipser les luttes communes ( la conscience des classes et la justice économique) . Celles et ceux qui veulent cancel la Zawa sont des liberal white fems prêts à négliger les classes ouvrières au profit d’une politique culturelle élitiste. N’oublions pas que les libtards/neoliberaux et socdem mous choisiront toujours le camp des nazis plutôt que celui des socialistes et des communistes, même s’ils s’en défendent c’est ce qu’ils ont toujours fait et c’est ce qu’ils sont en train de faire dans tous les gouvernements d’ Occident. Ils sont la cause de la mort de la gauche américaine . N’oublions pas aussi que ce sont eux, les « woke capitalists » qui se sont détachés des préoccupations matérielles des classes populaires, ce qui n’a pas manqué d’ouvrir la voie à l’extrême droite populiste, c’est à cause de ces gens que Trump a gagné et ce sera à cause d’eux si nous perdons contre Bardella …
    Vive le retour de Dany, le bouddhisme le taoïsme la gauche et Xi Jinping notre futur maître TOPXI 🇨🇳

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